L’édition 2026 du classement IBEI fait la part belle aux environnements qui conjuguent stabilité institutionnelle, profondeur de marché et capacité d’adaptation. Les États-Unis conservent la tête du classement, forts d’un écosystème entrepreneurial hors norme où la taille du marché, la densité des réseaux de capital-risque et la flexibilité réglementaire offrent aux innovateurs une marge de manœuvre unique. Cette performance s’appuie sur des fondamentaux solides : une culture de la prise de risque, des institutions fiables, un accès massif au financement et une capacité d’absorption inégalée pour les projets de croissance. Singapour, deuxième au rang mondial, illustre la réussite d’une stratégie de long terme articulée autour de la prévisibilité réglementaire, d’une fiscalité extrêmement attractive et d’un environnement propice à l’accueil des talents internationaux. La Cité-État occupe la première place mondiale en matière de perception du marché et d’incitations économiques, tout en garantissant la rapidité des démarches administratives et l’ouverture aux flux d’investissements et de compétences. Le Royaume-Uni, troisième du classement, confirme la résilience de son modèle. Malgré les incertitudes liées au Brexit, le pays capitalise sur son système financier robuste, l’attractivité de ses universités et l’innovation institutionnelle portée par des dispositifs tels que l’Open Banking et le Scale-up Visa. Si l’alourdissement de la fiscalité et la complexité accrue de la réglementation freinent quelque peu la dynamique, le Royaume-Uni continue d’être un aimant pour les projets innovants grâce à sa capacité d’adaptation et à la richesse de son vivier de talents.
Le Golfe : d’investisseur à acteur opérationnel de l’innovation
Le rapport consacre la montée en puissance du Golfe, désormais moteur de la transformation du paysage mondial de l’innovation. Les Émirats Arabes Unis s’installent dans le Top 5, portés par une politique fiscale ultra-compétitive, la multiplication des zones franches sectorielles et une stratégie d’ouverture totale à la mobilité internationale des talents. Ce dynamisme s’accompagne d’investissements massifs dans la digitalisation, la création d’infrastructures logistiques de pointe et la réduction drastique des obstacles administratifs.
L’Arabie Saoudite, désignée « Pays de l’année » par StartupBlink, se distingue par la rapidité de ses réformes dans le cadre de Vision 2030. Le Royaume a su simplifier les démarches de création d’entreprise, stimuler l’investissement privé et attirer les sièges régionaux des grands groupes internationaux. Cette mutation transforme la région du Golfe en une plateforme d’innovation incontournable, rivalisant désormais avec les puissances historiques de l’Atlantique Nord.
Le classement salue aussi la capacité des autres pays du Golfe à instaurer une fiscalité minimaliste et à innover dans la gouvernance, deux éléments qui expliquent leur attractivité croissante auprès des start-ups et des investisseurs internationaux en quête de stabilité, d’accès rapide aux marchés et d’une mobilité facilitée.

IBEI : une analyse structurante, bien au-delà du nombre de licornes
L’originalité du classement IBEI tient à sa méthodologie. Au lieu de ne retenir que la volumétrie des success stories, il s’intéresse à la solidité des fondations qui permettent de faire émerger un tissu innovant :
- La facilité d’opérer, qui mesure la rapidité de création d’une entreprise, la simplicité des démarches, l’adoption du digital et la fluidité des procédures. Sur ce critère, la Nouvelle-Zélande, Singapour et l’Estonie font figure de modèles.
- Les incitations économiques, où se distinguent Singapour, les Émirats Arabes Unis et l’Arabie Saoudite grâce à une fiscalité incitative et à la multiplication des dispositifs de financement.
- La confiance institutionnelle, qui englobe la qualité de la gouvernance, la prévisibilité réglementaire, la lutte contre la corruption et l’ouverture des marchés.
Ces trois piliers sont déclinés en une trentaine d’indicateurs et ventilés en cinq familles : régulation et gouvernance, accès au capital, fiscalité, digitalisation et mobilité globale. Un système de bonus/malus affine le score pour refléter la réalité des innovateurs et non celle des seules grandes entreprises exportatrices.
Le rapport souligne également la capacité de certains petits pays, à l’image de la Suisse ou des Pays-Bas, à rivaliser par la stabilité, l’intégration internationale et l’agilité administrative, rappelant que la taille du marché n’est plus l’unique variable explicative de la performance.
Le Maroc, nouvelle référence nord-africaine
Dans ce panorama mondial, le Maroc se distingue : premier en Afrique du Nord, 80e mondial et 11e dans la région Moyen-Orient-Afrique. Ce positionnement, loin d’être anecdotique, marque l’émergence d’un hub régional désormais crédible pour les investisseurs et entrepreneurs souhaitant rayonner sur le continent et au-delà.
Le rapport salue la stratégie du Royaume, centrée sur la consolidation des fondamentaux :
- Sur le plan de la facilité d’opérer, le Maroc se hisse à la deuxième place continentale. Les démarches administratives se sont nettement simplifiées, la digitalisation avance, et la création de guichets uniques facilite la vie des entrepreneurs.
- Sur l’axe mobilité et ouverture, la position géographique, la densité des infrastructures logistiques (Tanger Med, Casablanca Finance City, Kénitra, Tanger), et la politique volontariste de visas et d’accords commerciaux propulsent le Maroc au rang de plateforme connectée entre Europe et Afrique.
- Le Royaume est aussi cité pour ses politiques d’attractivité des talents : ouverture accrue aux profils étrangers, multiplication des conventions et efforts de montée en compétences à travers des stratégies sectorielles (automobile, aéronautique, finance).
Ce leadership régional ne doit rien au hasard : il résulte d’une planification industrielle rigoureuse (Génération Green, Maroc Digital 2030) et d’une volonté d’inscrire l’innovation au cœur de la transformation économique, tout en sécurisant un cadre institutionnel stable et prévisible.
Les défis : renforcer l’incitation, densifier le financement
Le rapport ne se limite pas à dresser un bilan flatteur. Il pointe les limites du modèle marocain :
- Les incitations économiques demeurent en retrait par rapport aux standards du Golfe et des pays asiatiques. Le soutien direct à l’innovation, les allègements fiscaux sectoriels et la lisibilité des dispositifs restent en deçà des attentes.
- L’accès au financement constitue le maillon faible : l’écosystème du capital-risque demeure peu profond, les tickets d’investissement sont limités, et la maturité des fonds reste à consolider.
- L’absence de bourses dédiées et la rareté des sorties majeures restreignent les perspectives de passage à l’échelle pour les scale-ups locales, qui peinent à franchir le cap de l’internationalisation.
La transformation numérique de l’administration, bien engagée, doit encore gagner en rapidité et en homogénéité pour permettre au Maroc d’améliorer son score sur la réduction des frictions administratives.
Lecture régionale et positionnement continental
En Afrique du Nord, le Maroc surclasse largement la Tunisie et l’Égypte, qui souffrent d’une instabilité institutionnelle chronique et d’un environnement administratif plus contraignant. Par rapport à l’Afrique subsaharienne, seuls l’Afrique du Sud, le Kenya et le Cap-Vert affichent de meilleurs scores, essentiellement grâce à leur marché intérieur ou à leur capacité d’innovation dans certains secteurs.
La comparaison avec le Nigeria, première économie d’Afrique mais seulement 95e du classement, illustre la nécessité d’articuler taille du marché et gouvernance : sans stabilité ni accès au financement, l’effet de masse reste limité pour les innovateurs.
Le Maroc s’affirme ainsi comme une plateforme d’intégration pour les investisseurs européens ou asiatiques désireux de rayonner sur le continent, mais aussi pour les entrepreneurs africains en quête de stabilité, d’infrastructures et de connectivité.
Quelles priorités pour hisser le Maroc dans le Top 50 ?
Pour capitaliser sur cette dynamique, le rapport recommande au Maroc d’accélérer sur trois axes stratégiques :
- Renforcer l’offre de financement local, notamment les fonds d’amorçage, pour accompagner la croissance des startups au-delà du premier cycle.
- Déployer des dispositifs d’incitation fiscale ciblés sur l’innovation, avec une lisibilité accrue des crédits d’impôt, des exonérations sectorielles et des soutiens à la R&D.
- Intensifier la modernisation administrative et la sécurisation réglementaire pour réduire l’incertitude et accélérer la dynamique de passage à l’échelle.
Le Maroc dispose des atouts nécessaires pour s’imposer durablement comme la référence régionale. Sa progression dans le classement dépendra de sa capacité à densifier son écosystème, à accompagner la montée en puissance de ses talents et à maintenir la confiance des investisseurs par la prévisibilité et l’ouverture.
Au terme de l’analyse, l’édition 2026 de l’IBEI consacre les économies qui allient profondeur de marché, stabilité institutionnelle, incitations attractives et capacité d’absorption des innovations. Les États-Unis et Singapour restent les modèles du genre, tandis que le Golfe s’impose par la puissance de son attractivité. Le Maroc, sans rivaliser sur la générosité fiscale ou le capital disponible, s’impose par la solidité de ses infrastructures, la planification de long terme et la volonté de bâtir un environnement propice à l’innovation africaine et méditerranéenne.
La prochaine étape pour le Royaume ? Intensifier les réformes sur l’accès au financement et l’incitation à l’innovation, pour viser le Top 50 et confirmer son statut de hub africain incontournable.
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