[ETUDE] Startups Marocaines : l’infrastructure est prête, le financement et le scaling sont en panne

Le Maroc se classe 83e mondial dans l’indice DEE 2025. Si l'infrastructure excelle, le financement et le scaling bloquent l’écosystème. Analyse sans concession des freins structurels et pistes concrètes pour bâtir une startup rentable et résiliente en 2026.

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Startups Marocaines : l'infrastructure est prête, le financement et le scaling sont en panne l Start-up.ma

L’étude est tombée en décembre 2025 comme un verdict froid. Le Digital Entrepreneurship Ecosystem Index (DEE), publié par le Vienna Institute for Global Studies, classe le Maroc 83e mondial et 3e en Afrique. Pour un entrepreneur marocain, ce chiffre n’est pas juste une statistique : c’est le reflet exact de la difficulté de passer du stade de “projet sympa” à celui de “scale-up rentable”. Voici le décryptage sans concession de ce qui bloque notre écosystème et, surtout, comment contourner ces obstacles structurels pour bâtir une boîte solide en 2026.

Le constat : 32.5/100, la note qui douche l’euphorie

Arrêtons de nous féliciter d’être “devant la Tunisie ou l’Égypte”. Avec un score de 32.5 sur 100, le Maroc est techniquement dans le “ventre mou” mondial. Certes, nous sommes sur le podium africain, derrière l’Afrique du Sud (43.4) et Maurice (42.5), mais l’écart avec les leaders se creuse.

Ce score révèle une vérité que tout fondateur marocain ressent au quotidien : nous sommes excellents pour construire des routes (infrastructures), mais nous avons du mal à fabriquer les voitures de course (startups performantes) qui roulent dessus. L’étude VIGS sanctionne le Maroc par sa méthode du “goulot d’étranglement” (penalty for bottleneck) : peu importe la vitesse de votre fibre optique, si vous ne pouvez pas lever de fonds ou recruter des talents, votre écosystème est jugé sur sa faiblesse, pas sur sa force.

L’illusion de l’infrastructure : ne confondez pas “accès” et “marché”

Le rapport est formel : le Maroc performe correctement sur le pilier DTI (Digital Technology Infrastructure). C’est la composante qui progresse le plus vite à l’échelle mondiale (+30% en 5 ans). Concrètement, cela signifie que vous, entrepreneurs, bénéficiez d’une 4G correcte, de parcs technologiques comme le Technopark ou Casanearshore, et d’un taux de pénétration mobile élevé.

Le piège pour l’entrepreneur : Beaucoup de porteurs de projet pensent que parce que “tout le monde a un smartphone”, tout le monde est un client potentiel. C’est faux. L’indice pointe une faiblesse critique dans le Digital User Citizenship (DUC). Avoir accès à Internet ne signifie pas avoir la “citoyenneté numérique” : vos clients savent scroller sur Instagram, mais combien sont prêts à entrer leur carte bancaire sur votre plateforme SaaS ou votre app de livraison ? La méfiance envers le paiement en ligne et la faible culture du “logiciel payant” (B2B) restent des freins majeurs. L’action immédiate : Ne basez pas votre Business Plan sur le taux de pénétration d’Internet (70%+). Basez-le sur le taux de bancarisation active et l’usage réel des services digitaux payants. Prévoyez des budgets d’éducation client (onboarding) deux fois plus élevés que prévu.

 Le mur du financement : le vrai “Scale-up Gap”

C’est ici que le bât blesse le plus sévèrement. Le rapport identifie l’Entrepreneuriat Technologique (DTE) comme le pilier à la croissance la plus lente mondialement (+3.53% par an seulement). Pour le Maroc, c’est le point noir. Alors que l’Afrique du Sud dispose de marchés de capitaux intégrés capable de financer des Séries A et B, le Maroc souffre d’un vide abyssal après le stade d’amorçage (Seed).

L’étude montre que les pays émergents comme le nôtre ont souvent des scores corrects en “Support Startup” (incubateurs, subventions type Tamwilcom/Innov Invest), mais s’effondrent sur le “Scaleup Support”. La réalité terrain : Vous trouverez facilement 200 000 ou 500 000 DH pour prototyper. Mais trouver 5 à 10 MDH pour scaler au Maroc est un parcours du combattant. Les VCs locaux sont frileux et exigent souvent des garanties dignes d’une banque classique. L’action immédiate :

Visez la rentabilité (Default Alive) : Oubliez le modèle “Hypercroissance à perte” de la Silicon Valley. Au Maroc, le cash-flow est roi. Structurez votre modèle pour être rentable dès le client #100.

Exportez ou mourez : Le marché local est trop petit pour justifier de grosses valorisations. Pour intéresser des fonds étrangers (qui ont le capital pour le scale-up), votre produit doit être “Maroc-born, Global-ready” dès le jour 1.

Plateformes et Talents : la bataille de la rétention

Le dernier pilier de l’indice, le DMSP (Digital Multi-sided Platform), mesure la capacité à créer des écosystèmes de plateformes (matchmaking, networking). Le Maroc est un consommateur de plateformes étrangères (LinkedIn, Facebook, Google) mais peine à produire ses propres agrégateurs de valeur.

Pourquoi ? Parce que la “brique humaine” est instable. Le rapport insiste sur le rôle des “Agents” (développeurs, techniciens). Or, nous vivons une hémorragie de talents tech vers l’Europe et le Canada. Un entrepreneur marocain passe aujourd’hui plus de temps à gérer le turnover de ses développeurs qu’à développer son produit. L’action immédiate :

  • Fidélisation par l’Equity : Utilisez les BSPCE (ou équivalents contractuels locaux) pour intéresser vos talents clés au capital. C’est le seul levier financier qui peut rivaliser avec un salaire en euros.
  • Formation interne : Arrêtez de chercher le “Senior Dev” introuvable. Recrutez des juniors motivés (issus de l’OFPPT, de 1337 ou YouCode) et formez-les à vos process. C’est un investissement lourd mais rentable à moyen terme.

Ce classement 2025 n’est pas une fatalité, c’est une feuille de route. Être 3e en Afrique est une belle vitrine politique, mais pour vous, entrepreneurs, cela ne paie pas les factures. L’enseignement clé de l’étude VIGS est la notion de “système” : ne blâmez pas seulement l’État ou les banques. Si votre startup échoue, c’est souvent parce qu’elle a ignoré une contrainte locale (paiement, logistique, confiance) en essayant de copier un modèle importé.

L’opportunité pour 2026 est claire : les places sont prises sur l’e-commerce basique. La valeur se déplace vers la résolution des “frictions” marocaines (Logistique du dernier kilomètre, Fintech B2B, Agritech, Santé). Construisez des solutions rustiques, rentables et exportables. C’est la seule façon de faire mentir le classement l’année prochaine.

 

Consultez le rapport complet ci-après :

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