Enakl lève 2,3 millions de dollars et prépare son virage SaaS mobilité

La startup marocaine Enakl annonce une levée Seed de 2,3 millions de dollars pour accélérer sa croissance et lancer une offre SaaS dédiée à la mobilité collective. Cette opération illustre la montée en puissance des modèles tech marocains capables de viser l’international.

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Enakl leve 2,3 millions de dollars et prepare son virage SaaS mobilite l Start-up.ma

Le financement des startups marocaines reste concentré sur quelques verticales clés : fintech, logistique et mobilité. Selon le rapport 2024 de Partech Africa, le Maroc figure parmi les principaux hubs d’investissement en Afrique francophone, avec Casablanca et Rabat comme pôles dominants. Dans ce contexte encore sélectif, réussir un second tour Seed constitue un signal clair : la startup a dépassé la phase d’expérimentation et doit désormais prouver sa capacité à passer à l’échelle.

Enakl vient d’annoncer un tour de table de 2,3 millions de dollars mené par Azur Innovation Fund, Witamax et MFounders, avec la participation de Catalyst Fund et Digital Africa, déjà présents au capital. Fondée en 2022, la jeune pousse développe une technologie permettant de concevoir et piloter des réseaux de transport collectif flexibles pour les entreprises et les zones d’emploi. Après une première levée de 1,4 million de dollars en 2024, le montant total levé atteint désormais 3,7 millions de dollars. Au-delà du financement, cette annonce marque un changement de stratégie : Enakl prépare le lancement d’une offre SaaS destinée à industrialiser son modèle et à viser des marchés internationaux.

Du service opérationnel au modèle SaaS : pourquoi ce pivot change tout

Le point le plus stratégique de cette levée ne réside pas uniquement dans le montant levé, mais dans la nature du projet financé. Enakl annonce clairement vouloir lancer une offre SaaS. Pour un entrepreneur, ce type de pivot signale un passage d’un modèle de services à un modèle logiciel, donc plus scalable et plus valorisable. Jusqu’ici, la startup développait une technologie propriétaire permettant d’organiser des réseaux de transport collectif flexibles. Concrètement, l’entreprise conçoit des solutions de transport domicile-travail optimisées pour les entreprises et les zones industrielles, afin de réduire les coûts, améliorer l’accès à l’emploi et limiter les émissions liées aux trajets pendulaires. Ce positionnement correspond à une tendance mondiale forte. Selon l’Agence internationale de l’énergie, les transports représentent près d’un quart des émissions mondiales de CO₂, ce qui explique la multiplication des solutions de mobilité partagée et optimisée. Le passage au SaaS permet d’adresser un problème structurel rencontré par de nombreuses startups africaines : la difficulté à se développer géographiquement sans déployer d’importantes équipes locales. Un modèle opérationnel classique impose la gestion de flottes, de partenaires ou de contrats locaux.

À l’inverse, un logiciel peut être déployé à distance, avec des coûts marginaux plus faibles. Pour les investisseurs, ce changement augmente le potentiel de croissance et la valorisation future. Ce mouvement n’est pas isolé. Plusieurs acteurs internationaux ont suivi une trajectoire comparable. La société américaine Via Transportation, spécialisée dans les solutions de transport à la demande, a levé plus d’un milliard de dollars en misant sur une plateforme logicielle vendue aux villes et aux opérateurs. La startup égyptienne Swvl, introduite au Nasdaq en 2022, s’est également positionnée sur la mobilité collective intelligente. Ces exemples montrent que la mobilité collective peut devenir une industrie logicielle globale. Pour les entrepreneurs marocains, la leçon est claire : les investisseurs financent plus volontiers les modèles capables de s’industrialiser. La transition vers le SaaS constitue souvent l’étape clé pour passer d’une startup locale à une entreprise internationale. Cette évolution suppose toutefois des transformations internes : structuration produit, standardisation des offres, renforcement des équipes tech et mise en place d’un modèle commercial récurrent.

La mobilité domicile-travail : un marché sous-estimé mais stratégique

Le positionnement d’Enakl repose sur un problème concret : la mobilité des collaborateurs entre leur domicile et leur lieu de travail. Ce sujet reste peu médiatisé, mais il représente un enjeu économique majeur. Selon la Banque mondiale, la congestion urbaine coûte entre 2 % et 5 % du PIB dans de nombreuses grandes villes en développement. Casablanca n’échappe pas à cette réalité, avec des temps de trajet quotidiens particulièrement élevés dans certaines zones industrielles. Pour les entreprises, le transport des collaborateurs représente un coût direct et indirect important. Les retards, l’absentéisme et la difficulté à recruter dans des zones mal desservies constituent des freins récurrents à la croissance. De nombreuses entreprises marocaines mettent en place des solutions de transport privées, souvent peu optimisées et coûteuses. Ce marché reste encore fragmenté et largement manuel. La proposition d’Enakl consiste à utiliser la donnée pour optimiser les trajets collectifs en temps réel. L’objectif est double : améliorer l’accès à l’emploi et réduire l’empreinte carbone des déplacements professionnels. Cette double promesse répond à deux tendances majeures. D’une part, la pression sur les entreprises pour réduire leurs émissions s’intensifie. D’autre part, les enjeux d’employabilité et d’attractivité des talents deviennent centraux, notamment dans les zones industrielles périphériques.

Au Maroc, la mobilité constitue un enjeu social autant qu’économique. Le Haut-Commissariat au Plan souligne régulièrement que l’accès au transport figure parmi les obstacles à l’emploi, en particulier pour les jeunes actifs et les femmes. Les solutions de transport collectif flexible peuvent donc avoir un impact direct sur l’accès au marché du travail. Pour les entrepreneurs, ce positionnement illustre une stratégie souvent observée dans les levées réussies : résoudre un problème concret pour des clients B2B prêts à payer, tout en répondant à une problématique sociétale forte. Ce type de double impact attire les fonds d’investissement, en particulier ceux orientés vers l’impact et la transition climatique.

Une levée révélatrice de la structuration du capital-risque marocain

La composition du tour de table constitue un autre signal important. La levée réunit Azur Innovation Fund, Witamax et MFounders, avec la participation de Catalyst Fund et Digital Africa. La présence d’investisseurs existants dans ce second tour est particulièrement significative. Elle indique que la startup a atteint les objectifs fixés lors du financement précédent, condition essentielle pour débloquer de nouveaux investissements. Le capital-risque marocain connaît une évolution progressive. Selon les données d’ANIMA Investment Network, les investissements en capital-risque en Afrique du Nord ont fortement progressé ces dernières années, avec une montée en puissance des fonds régionaux. L’émergence de fonds marocains capables de participer à des tours Seed confirme cette tendance.

Pour un entrepreneur, comprendre la logique des investisseurs est essentiel. Un second tour Seed intervient généralement lorsque la startup a validé son produit, trouvé ses premiers clients et démontré un début de traction commerciale. Ce financement sert à accélérer la croissance, structurer les équipes et préparer une Série A. Dans le cas d’Enakl, l’objectif annoncé est clair : industrialiser la technologie et préparer l’expansion. Cette trajectoire correspond au cycle classique de financement des startups technologiques. Les premières années sont consacrées à la validation du produit. Les tours suivants visent la croissance et l’expansion géographique. L’annonce d’une offre SaaS laisse penser que la startup prépare déjà son prochain tour de financement. Pour les porteurs de projets, cette levée constitue un cas concret de progression dans la chaîne de financement. Elle rappelle que les investisseurs financent des trajectoires cohérentes, basées sur des jalons atteints et une vision claire de la prochaine étape. Lever des fonds ne constitue pas une finalité ; il s’agit d’un outil pour accélérer une stratégie déjà engagée.

La trajectoire d’Enakl illustre un point souvent sous-estimé par les entrepreneurs : la levée de fonds la plus importante n’est pas toujours la première, mais celle qui accompagne le passage à l’échelle. Le lancement d’une offre SaaS marque une étape exigeante : structurer un produit standardisé, bâtir une organisation capable de vendre à l’international et préparer une croissance rapide. Pour les startups marocaines, l’enjeu n’est plus uniquement de prouver qu’il est possible de lever des fonds, mais de démontrer qu’il est possible de transformer ces financements en expansion durable. La prochaine étape pour Enakl sera de prouver que son modèle peut s’exporter. Pour l’écosystème marocain, ce type de trajectoire constitue un indicateur précieux : les startups locales entrent progressivement dans la phase où la question n’est plus de lancer une solution, mais de la déployer à grande échelle.

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